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J'ai d'abord monté une newsletter pour une amie en Allemagne.

Marlène lit la presse allemande pour mon amie Sophie. Aurore lit la mienne pour moi. Café Tartine, c'est la même mécanique, emballée pour que tu montes la tienne.

Sophie* est banquière entreprises à Frankfurt. Française, installée là-bas depuis des années, à lire la FAZ et le Handelsblatt entre deux dossiers de crédit. Le problème de Sophie, ce n'est pas l'accès à l'info allemande. Elle l'a sous les yeux toute la journée. Son problème, c'est tout ce que la presse allemande ne lui explique pas, parce que pour un Allemand, c'est évident.

Quand Pistorius veut rétablir l'obligation de service pour les réservistes, un journal de Frankfurt ne va pas rappeler que la conscription a été suspendue en 2011, ni pourquoi ça remue autant un pays qui croyait la page tournée. Pour un lecteur allemand, inutile. Pour une Française qui doit comprendre de quoi ses collègues parlent à la machine à café, c'est exactement ce qui manque.

Alors je lui ai monté Marlène.

Une éditorialiste qui n'existe pas

Marlène est une newsletter qui arrive chaque matin dans la boîte de Sophie. Elle ne résume pas la presse allemande. Elle la décrypte, pour une banquière française expatriée. Les actus du jour avec le contexte que personne ne prend la peine d'écrire. L'éco et le business calibrés pour quelqu'un qui suit les taux et le M&A. Ce qui bouge à Frankfurt et en Hesse, parce que c'est chez elle. Un peu de pop et de buzz pour tenir une conversation le soir. Et chaque jour, une expression idiomatique allemande, du genre Gegenwind, vent contraire, ce truc que son chef lâche en réunion quand un deal se complique.

Marlène n'est pas une vraie personne. C'est un agent. Elle lit cent cinquante articles par nuit dans la presse allemande, en garde une dizaine, et écrit le reste dans un ton de copine au téléphone. Sophie croit recevoir le mail d'une amie franco-allemande installée à Berlin depuis dix ans. En vrai, c'est un système qui tourne pendant qu'on dort toutes les deux.

Le jour où j'ai vu que ça marchait pour elle, j'en ai voulu un pour moi.

Mon problème à moi n'était pas l'Allemagne

Le mien, c'était la dispersion.

Je construis des outils avec l'IA toute la journée, donc je dois suivre ce qui bouge côté modèles et usages, et ça bouge vite. Je suis un DU en droit des entreprises en difficulté, donc je garde un œil sur la jurisprudence. Je vis à la campagne, donc un orage annoncé change la façon dont j'organise mon après-midi. Et comme tout le monde, je veux savoir ce qui se passe dans le monde sans y passer la matinée.

Avant, ça voulait dire une douzaine de sites à passer en revue, des newsletters reçues la veille ouvertes à moitié, des onglets gardés trois jours par culpabilité. L'information, je l'avais. J'en avais même trop. Ce qui manquait, c'était quelqu'un pour trier à ma place, dans le contexte de ma journée à moi.

Marlène m'avait montré que ce quelqu'un pouvait être un agent. J'ai donc monté le mien. Elle s'appelle Aurore.

Aurore me prépare un briefing matinal complet, un seul email à sept heures. La météo heure par heure de mon coin de campagne. Les actus du jour, France, Europe, monde, avec ce qu'il faut de contexte. Les signaux éco et les marchés. Et la veille tech et builder dont j'ai besoin pour mes chantiers. Le même principe que Marlène, sauf que cette fois la destinataire, c'est moi, et les sujets, ce sont les miens.

Marlène lit l'Allemagne pour Sophie. Aurore lit la tech et le droit pour moi. Deux destinataires, deux paquets de sujets, une seule et même mécanique en dessous.

La même usine, deux fois

Quand on a fait la chose une fois pour quelqu'un et une fois pour soi, on voit ce qui ne change pas.

Ce qui change, c'est tout ce qui se voit. Les sujets. Les sources. Le ton. La personne à qui ça s'adresse. Sophie veut l'Allemagne en français. Moi je veux la tech et le droit. Une RH voudrait le droit du travail et les pratiques de recrutement. Une commerciale, ses trois concurrents et son marché.

Ce qui ne change pas, c'est l'usine derrière. Toujours trois temps, toujours la nuit, toujours sans personne aux commandes.

D'abord la récolte. Une fonction part visiter chaque source, attrape les articles publiés dans la journée, et les range bruts dans un coin, sans rien filtrer. Bête et méthodique.

Ensuite le tri, qui est le moment qui compte. Une deuxième fonction reprend la pile, sujet par sujet, et la passe à Claude avec une consigne précise. Note chaque article sur sa pertinence pour ce sujet précis. Garde les meilleurs. Résume-les dans le ton qu'on a défini, pas dans le tien. C'est là que cent cinquante articles deviennent une dizaine. C'est là que la lettre prend sa voix.

Enfin l'envoi. Une troisième fonction met tout en page et expédie le mail. Quand la destinataire descend prendre son café, il est là.

La note que Claude donne à chaque article, c'est le cœur du truc. Sans elle, on retombe dans le problème de départ, une liste longue où l'essentiel se noie. Avec elle, un article centré sur le sujet monte, un article hors sujet tombe. Mais ça suppose d'avoir décrit le sujet avec précision. Pas "l'Allemagne", mais "l'actu allemande vue par une banquière française à Frankfurt". Pas "l'IA", mais "les usages concrets de l'IA, sans l'actu purement financière des grands labos". Plus la consigne est nette, plus le tri est juste. C'est mon vieux réflexe de gestion qui ressort, un indicateur ne vaut que par la qualité de sa définition.

Ce qui a coincé les premiers matins

Le premier envoi d'Aurore m'a balancé des résumés de trois paragraphes par article. Vingt minutes de lecture. J'avais reconstruit exactement le truc que je fuyais. J'ai resserré, deux phrases par article, pas une de plus.

Sur Marlène, j'ai fait l'erreur inverse. À force de resserrer, j'ai tué le décryptage, qui est précisément la valeur de la lettre pour Sophie. Des blurbs courts et factuels, sans le contexte culturel qui faisait tout l'intérêt. J'ai dû desserrer pour ce cas-là, garder la place du décryptage tout en restant concise ailleurs. La leçon, c'est qu'il n'y a pas une bonne longueur, il y a la bonne longueur pour chaque destinataire.

Le scoring a coincé aussi. Au début Claude notait tout entre 6 et 8. Quand tout est important, plus rien ne l'est. J'ai forcé l'étalement des notes, un hors sujet tombe à 2, un tangent plafonne à 5, seul un article vraiment centré dépasse 7. Le tri est redevenu un tri.

Et puis la météo, qui pendant deux jours m'a affiché celle du lendemain. Une heure à chercher avant de voir que l'appel partait en heure universelle au lieu de l'heure de Paris, et qu'après minuit ça basculait sur le mauvais jour. Une ligne à corriger. Le genre de détail idiot qui te fait douter de tout le reste.

Ce que ça ouvre

Deux destinataires, deux fois la même mécanique. À partir de là, l'évidence saute aux yeux. Si ça marche pour Sophie et pour moi, ça marche pour n'importe qui ayant un sujet à suivre et pas le temps de scroller douze sites.

La RH qui veut le droit du travail, les annonces de son secteur et les nouvelles façons de sourcer. La financière qui veut l'actu réglementaire de son domaine sans s'abonner à quinze lettres payantes. Le commercial qui surveille un marché et trois concurrents. Le retraité installé au Portugal qui veut le quotidien et la fiscalité locale en français. Chacun son paquet de sujets, chacun son ton, la même usine en dessous.

C'est devenu un skill, Café Tartine. L'idée, c'est que tu n'aies à monter aucune usine. Il te faut juste deux comptes avant de commencer, gratuits tous les deux. Un projet Supabase, qui sert de base de données et de moteur pour faire tourner les fonctions la nuit. Un compte Resend, le service qui expédie les mails. Leur offre gratuite suffit largement pour une newsletter perso, et les créer prend cinq minutes chacun.

Une fois que tu as ça, le reste est une conversation. Tu réponds à des questions en français. Quels sujets, une à quatre thématiques. Quelles sources, avec des suggestions quand tu sèches. Quel ton, et surtout quels mots bannir, parce que personne ne veut une newsletter qui écrit "il est intéressant de noter que". À quelle heure, quels jours, dans quelle ville pour la météo. Et Claude installe tout pendant que tu réponds. La première lettre part dans les vingt-quatre heures.

Le coût, je le regarde sans angoisse. La synthèse quotidienne par Claude revient à quelques centimes. L'envoi des mails par Resend est gratuit au volume d'une personne. Supabase aussi, sur son offre gratuite. Trois euros par mois, à la louche, pour récupérer la demi-heure qu'on passait chaque matin à scroller en pyjama.

Sophie, elle, n'a jamais touché à rien. Elle reçoit Marlène, elle la lit, elle ressort une expression allemande à ses collègues de temps en temps. Elle ne sait même pas qu'il y a cent cinquante articles triés chaque nuit derrière son café. C'est exactement le but.

** Les noms ont été changés pour protéger les acteurs. Toute ressemblance avec une banquière réellement existante à Frankfurt serait parfaitement assumée.*

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